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Deux remords de Claude Monet

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de Michel Bernard éditions de la Table Ronde
Un livre enlevé et entraînant ! On y découvre dans un style limpide et lumineux l’intimité du grand peintre et les lourdes réalités du Second Empire. Sans s’appesantir, sans noirceur ou pathétique, l’auteur nous transporte de peines en joies, de nostalgie en amour. Écrit par touches, on passe de souvenir en souvenir, comme de tableau en tableau ou de coup de pinceau en coup de pinceau.
Certaines phrases sont de véritables poèmes et contiennent en elles des univers entiers d’imaginaire et de délicatesse. Je rapporte ici quelques exemples, issu du début du livre pour ne rien divulgâcher.
«Les assistants, des hommes rudes, en avaient beaucoup vu depuis huit jours; ils furent surpris et soulagés de leurs propres larmes.»
«Les deux arbres étaient magistralement rendus. Ils liaient le sol au ciel et murmuraient la bonté de la nature et son amitié avec l'homme. Dieu était là.»
«Pour eux, il n'y avait d'autre mystère dans ce chef d'…

Poésie du Gérondif

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Jean-Pierre Minaudier, Poésie du Gérondif,
Ce livre prouve que je ne suis pas seule dans cette fascination linguistique amateur, mais lettrée et respectueuse, une quête de l’autre différent, intraduisible, mais proche pourtant. Il s'agit d'une aventure vers les concepts grammaticaux intraduisibles qui ouvre nos barrières mentales de la perception du monde et des interactions !
Chercher une grammaire universelle est un crime en soi contre l’intelligence humaine et la prolifération des grammaires qui rendent compte d’autant de codification du langage donc de système de pensées et manière d’appréhender le monde. Ce périple, effectivement très poétique, au travers des « sciences du langage » si peu vulgarisées et pourtant si passionnantes vaut absolument la lecture !

Présenté avec un humour décapant et intelligent qui fait de l'ouvrage, en plus d’une ode poétique et d’une aventure à suspens, une comédie désopilante.



That's all folks! And don't forget to be awesome. ___…

Transsiberien

Une ballade pour mémoire. Elle était assise à côté de moi, elle n’avait pas d’âge. Un âge avancé c’est certain de par ses cheveux d’argent. Mais pas de certitude. Le train démarre, un TGV tout ce qu’il y a de plus banal. Mais pas pour elle, elle était déjà dans ses souvenirs, elle était ailleurs en d’autres temps. « Parle-moi d’avant, parle-moi des miens, des rires et du sang, des temps anciens. » Voilà sa complainte alors que nous nous éloignons de Paris, à 300 kilomètres par heure. Je ne la connais pas. Que lui dire ? Elle continue : « Tu sais les trains, quand j’étais enfant, on y mettait des gens, des enfants, oui des enfants même. C’était la guerre. » Me dire ça à moi. Oui, bien sûr que je le sais. Je suis juive. Je n’ai pas le choix de ne pas le savoir. C’est dans mon sang, c’est dans ma chair, c’est dans toutes les histoires qu’on m’a racontées pour m’endormir. « Oui, répondis-je, et à l’arrivée on leur a pris leur bien maigre et dérisoire bagage, on leur a demandé leur nom, le…

Besogneux

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Alors on en est là ? On en est encore là ? À nouveau là ? À demander aux gens de rentrer dans des cases ? À les catégoriser et hiérarchiser ? Finalement c’est le sport national de l’humanité cette histoire… Alors très bien ! Jouons ! Race ? Besogneuse !
Oui. Et je le porte avec fierté ! Ce n’est pas dans vos listes ? Je vais vous expliquer ce que c’est « besogneux ». C’est le mot que vous cherchez toujours, quand vous souhaitez catégoriser cette armée de métèque, comme vous dites du bout des lèvres, que vous regardez avec mépris, qui vous paraît pitoyable, à simplement être poli et travailleur. Ces travailleurs de l’ombre. Pas par timidité, pas par peur de la lumière. Simplement que nous ne sommes pas des papillons de nuit qu’elle subjugue au point de s’immoler. Nous sommes des fourmis, oui, nous aimons la lumière, le soleil écrasant, mais on n’en fait pas tout un plat. Nous ne faisons pas de vagues. Nous sommes la vague à contre-courant des discours bruyants.
Besogneux, c’est tout c…

Hamlet ou l'exil - chapitre 21

Chapitre 21. Rencontrer le monde entier. 12 septembre 2014 Je ne sais pas pourquoi elle veut que j’écrive quelque chose… Je n’ai jamais fait que dicter mes prêches aux auteurs… Je n’ai jamais pris la plume…

Enfin, passons.

J’en étais arrivé à souhaiter la fin du monde. Comme un enfant qui répète « quand est-ce qu’on arrive ? » Je répétais à qui voulait l’entendre : « C’est le temps de la fin du monde… ? C’est la fin du monde ! »

Et elle s’est assise devant moi et m’a répondu « Ha bon ? Pourquoi ? »

J’avais oublié le concept même d’espoir… Elle me parlait de révolte vécue. Réellement vécue, pas simplement discursive, puis tout s’est mis en place… Tout concordait, mes paroles et ses silences, mes yeux ombrageux, le vernis de joie couvrant ses prunelles survivantes…

J’ai lu qu’elle m’avait pris pour une hallucination. Ce fut réciproque ! J’étais certain d’avoir tant rêvé d’une personne me tenant tête qu’elle avait dû finir par se matérialiser… Elle m’a appris la douleur réelle et l’espé…

Hamlet ou l'exil - chapitre 20

Chapitre 20. Créer, changer. 8 septembre 2014 Nous sommes le 8 septembre, je viens d’écrire quatre-vingt pages qui retracent ma vie depuis ma rencontre avec Hamlet… Ma formation de littéraire me pousse à remarquer l’omniprésence du « je ». Auparavant, je n’employais cet article que pour des courriers officiels. « Je soussignée… »

J’ai dans le cœur des images gouachées, des approximations floues, des photographies d’espoir. Ce sont elles qui m’ont ouvert la voix et la voie de l’écriture. Elles m’ont enrichie en quelque sorte des couleurs de l’humanité. Je ne sais pas pleurer, alors j’écris.

Je me sens meilleure, au sens d’être plus proche de la justesse de mon être. J’admets mes peurs, mes travers, mes qualités aussi…

J’ai la foi.

En quoi ? Qu’importe…

Le vent peut souffler de rage, je ne serai plus debout dans la neige, plus loin que toute solitude. Plus haut, là où je regarde. On ne sait jamais ce qui est beau. On ne connaît jamais vraiment ce qu’on regarde.

Tout était de marbre, im…

Hamlet ou l'exil - chapitre 19

Chapitre 19. Avoir l’enthousiasme. 21 juin 2014 Je suis bien éveillée.

Hamlet m’a demandé d’emménager chez lui.

Je suis bien éveillée…

C’est bien écrit, là, sur ce bouquet…

Je ne lui ai pas encore répondu. J’ai envie de lui hurler que oui… Mais… Le fantastique — au sens littéraire du terme — de notre histoire me prend à la gorge.

Des questions m’assaillent : et demain, et l’année prochaine, et ensuite… ? Il ne vieillira pas… Les auteurs trouvent des pirouettes pour cela… Je ne fais que recopier leurs mots dans d’autres langues… Je me suis dirigée vers chez lui sans m’en rendre compte et arrivée devant la porte. Je sonne.

– Oui, évidemment que oui ! ce cri m’échappe et sonne si vrai.

– Alors je vis un très beau rêve, me répond-il en m’embrassant.

– J’ai l’impression de tenter ma chance pour le bonheur.

– J’avais peur que tu refuses… Mais j’ai envoyé valser tous mes doutes en imaginant… Si seulement tu, si seulement, tu disais oui.

– Je te le dis Hamlet. Oui !

22 juin 2014 Le lendemain…