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« Un don » de Toni Morrison.

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Ce récit polyphonique d’esclavage, d’échanges d’êtres humains plus ou moins libres, de gens plus ou moins corrompus, de vie dure et laborieuse dans une terre hostile et une société hostile aux êtres différents (femmes, esclaves, indiens...) est une œuvre remarquable. Les personnages raisonnent tous dans la chair du lecteur et leurs déchirements sont aussi les nôtres.

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Né un mardi, Elnathan John, Métailié

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Né un mardi. C’est le nom du personnage principal. Pas banal. Comme son récit, qui nous plonge dans le Nigeria contemporain entre fatalité, corruption, Islam et relations familiales déchirantes. Un livre à vivre, plus qu’à lire. Un livre de contradiction aussi : naïf et sombre, optimiste et cruel, attachant et répulsif, angoissant et constructif.

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L’ange de l’oubli, Maja Haderlap, Métaillé.

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C’est justement l’histoire d’un oubli impossible et d’une mémoire intransmissible. Le récit d’une petite fille engluée au milieu des fantômes de famille, de cette Seconde Guerre mondiale qui a laissé une minorité slovène en Autriche : loin des autres Partisans, entourée par une langue allemande que les femmes ont appris à craindre à Ravensbrück. Un monde campagnard paisible et violent à la fois, où les mots sont sortilèges, prières, mais rarement témoignages, jamais simplicité, où les hommes sont silences et les femmes secrets. La narratrice nous capture et nous émeut, car il y a toujours dans les souvenirs d’enfance des parts d’universel, et une fois pris dans sa mémoire, nous souffrons avec elle de cette vie qu’elle traverse sans la comprendre.
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Dans les eaux glacées du calcul égoïste

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Dans le genre BD historique, je vous présente « Dans les eaux glacées du calcul égoïste » de Lancelot Hamelin et Luca Erbetta chezÉditions Glénat BD. Je vous préviens tout de suite, aucun personnage n’est attachant ! À dépeindre un monde au bord de l’idéologie, entre mondanité, création, traîtrise ; entre communisme et fascisme, on ne croise que des personnages sûrs de détenir LA vérité, plus que les autres. Chacun pense manipuler les autres : le gueule-cassé qui fait l’espion, le cinéaste qui fait le communiste, le poète qui fait le tacticien, ... tous joue un personnage, comme l’époque le réclame, tous sont fascinés de décadence et veulent en tirer profit à leur manière. C’était cela, le mouvement surréaliste, l’entre-deux-guerres à Paris, l’aristocratie qui n’en finissait plus d’être finissante, et personne pour remarquer le désastre à venir. Une belle fresque, intelligente, où la violence côtoie la poésie, comme dans toute création surréaliste digne de ce nom. Les auteurs ont réus…

La Belle Amour humaine, Lyonel Trouillot, Actes Sud

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La Belle Amour humaine est composé de trois monologues vertigineux retraçant un mystère familial en Haïti sans rien en résoudre ni révéler. La pauvreté, la lumière, l’espoir, les caractères... tout y passe pour un très beau témoignage d’humanité.

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DICTA I de Damir Očko

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[EXPO] Je viens de voir DICTA I de Damir Očko au Jeu de Paume. Ce court métrage à quelque chose de la poésie, de la philosophie et de l'esthétique du Testament d'Orphée de Cocteau. Il offre une réflexion sur le verbe, la violence, les rapports de domination et le sens de la distraction. Voilà ce qu'en dit l'auteur :

Dicta, une énumération dadaïste et par moment incompréhensible d'un discours faisant autorité part de la contemplation conceptuelle sur le mot «dicta» (pluriel du mot «dictum») qui signifie une déclaration formelle d'une source faisant autorité ou une courte déclaration qui exprime une vérité ou un principe général.
Le film présente une lecture radicale d'un poème composé par l'artiste à partir de découpages fragmentés tirés de «Écrire la vérité: cinq difficultés» de Bertolt Brecht (1935). À l'origine, racontant l'importance et la difficulté de dire la vérité dans les temps troubles. Le point de vue de Brecht sur le fascisme et sa rel…

L’Akzidenz-Grotesk

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Parler de l’Akzidenz-Grotesk c’est toucher à un monument, à la mère de toutes les fontes sans-sérif. Imaginez, elle serait née entre 1896 et 1898, en Allemagne, des mains de Ferdinand Theinhardt puis dans les années 1950 de Günter Gerhard Lange (le lien avec le Royal Grotesk de Theinhardt et sa paternité reste aujourd’hui débattu), publiée par la fonderie Berthold qui en produira plusieurs graisses entre 1908 et 1963. Le fait que cette fonte fut si longtemps augmentée est notable. Cela montre non seulement un attachement de la fonderie à ce spécimen, mais également des consommateurs, donc des yeux habitués à ce dessin qui s’attendaient à le retrouver également en italique, en gras, très gras, en maigre, adaptés aux livres, adaptés aux affiches…

Son dessin est le fruit de recherche complexe. Replongeons-nous dans l’époque : l’Art Nouveau domine l’Europe continentale (ne parlons pas du Royaume-uni, ils sont sur leurs îles et ne font rien comme tout le monde), on fait de la décoration e…